La carte heuristique et les effets sérendipes

Souhaitant repérer plus précisément les effets spécifiques de la carte heuristique, je me suis trouvée confrontée à la difficulté de nommer des effets de la carte qui surgissent au-delà ou à côté des résultats attendus. L’approche de la notion de sérendipité paraît résoudre en partie cette difficulté et dire quel serait cet « autre chose » apporté par la carte qui ne serait pas répertorié.

L’effet sérendipe ou sérendipité est, selon la définition de l’auteur britannique du 18ème siècle Horace Walpole,

« un don pour découvrir par accident et sagacité des choses non recherchées »

comme la découverte du radium par Marie Curie par exemple (cité par A. Anciaux « L’évaluation des effets sérendipes » article).

Alain Anciaux, professeur d’anthropologie à l’université de Bruxelles, approche la sérendipité comme

« l’apparition de résultats non prévus positifs ou négatifs, c’est-à-dire de résultats « étranges », « inhabituels » ou « inattendus ». Les différents résultats obtenus sans être le résultat positif d’objectifs de départ sont des effets sérendipes (c’est-à-dire les résultats négatifs et les résultats positifs inattendus). »

Il prend également pour clef de recherche l’incertitude et le hasard, démontrant que ceux-ci sont intimement liés à toute démarche anthropologique et toute action sociale.

La carte heuristique favorise cette apparition de résultats étranges et inattendus à la fois dans la profusion des idées consignées mais aussi dans les mises en relation qui se font jour en ramifiant la carte.
Puisque la carte permet de ne négliger aucune piste et de ne laisser de côté aucune idée qui surgit, elle collecte forcément des résultats inattendus. C’est ensuite sa lecture par les utilisateurs qui dégagera telle ou telle piste à privilégier selon eux, intégrant alors éventuellement les effets sérendipes.
Il va sans dire que l’utilisation du dessin et des pictogrammes, en favorisant l’activité du « cerveau droit », multiplie les occasions de résultats inattendus en conduisant les utilisateurs vers l’irrationnel et l’imaginaire.

Il peut paraître paradoxal de chercher à provoquer des effets sérendipes mais, dans les méthodes de travail, le hasard peut devenir un « produit voulu » de la méthode, un élément de l’alchimie provoquée au fil des étapes de réflexion.
Il s’agit alors d’être conscient que tout projet, toute action répondant à un objectif précis met aussi en jeu des résultats inattendus qui peuvent s’intégrer à une sorte de « hasard provoqué » si les outils utilisés s’y prêtent.

De plus, pour les praticiens de la carte, s’astreindre (s’amuser ?) à dessiner le cheminement de sa pensée, de ses choix ou de sa mémoire peut apporter plaisir et détente ou bien révéler des capacités jusqu’alors ignorées de lui. Ce qui constitue, à n’en pas douter, le supplément sérendipe de la carte.

Irène Cerquetti
Article écrit dans le cadre de sa certification à l’enseignement de la carte heuristique dispensée par l’EFH

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